Nouvelles plateformes, nouvelles opportunités

Lors du dernier Festival des Trois Amériques, j’étais invitée par l’Inis à participer à un panel sur les médias numériques au Festival des Trois amériques (FC3A), en compagnie de Martin Lessard, de Catalina Briceno (Têtes à claques), Sheila de la Varende (ONF, ancienne directrice de Digimart), et François Bédard (LVL Studios).

Stratégie de mise en marché en fonction des nouvelles plates-formes. Au-delà du simple mimétisme, comment arriver à être créatif et à développer notre propre modèle d’affaires?

Nous étions à Québec pour discuter des mutations que subissent les médias tradionnels du cinéma et de la télévision, sous l’influence et les possibilités de l’Internet. Martin m’a tendu le micro avec cette question: “Dans une situation qui ressemble à l’oeuf ou la poule, où pour avoir du succès il faut une audience et pour avoir de l’audience il faut du succès, comment un producteur, un réalisateur ou un artiste peut essayer à rejoindre son public en passant par les nouveaux médias?” Je vous présente ici mes notes de conférence, qui servirent à faire une réponse orale.

Tout d’abord, il faut préciser que le web est un medium chaud, pas un medium froid, pour reprendre la théorie de McLuhan. Le web ressemble davantage à la radio qu’à la télévision, de par sa nature d’échange individuel et à l’implication possible directe des individus et des communautés comme auteurs et acteurs des contenus. C’est un endroit pour les passionnés. Et un endroit que s’appropient les individus. Sa nature intrinsèque est démocratique, elle n’a pas l’appanage d’une élite, telle que la télévision ou le cinéma.

Il faut être prêt à accueillir les gens. C’est la différence entre le push et le pull. Les médias tradionnels poussent leur contenu vers leur public. L’Internet fonctionne à l’envers, il attire les gens vers lui. Les Internautes viennent chercher les contenus ciblés selon leur intérêts. Comme producteur de contenu, comme média, il n’est pas nécessaire de se lancer à l’assaut de notre public, ce public est actif: il vient vers nous, et de surcroit 10% de ce public est potentiellement émetteur de contenu, de commentaires, d’interventions (À titre d’exemple, on estime qu’approximativement 10% des lecteurs de blogue laissent des commentaires).

Selon moi, il n’est pas nécesaire d’avoir un succès au départ pour avoir une audience Je pense que des lieux de rencontres naissent sur le web autours des intérêts individuels: on visite un site et on revient si ça nous accroche, si on est séduit. Bien sûr que les sites qui ont du succès attirent encore plus de gens, mais le succès n’est pas garanti dès le début. Ce n’est pas une recette. Il est possible de démarrer petit pour grandir ensuite dans une seconde phase de développement de projet (ex. un simple blogue fait avec les outils à la portée de tous: blogger, wordpress, etc). L’important est d’établir sa signature, de lancer son contenu (vidéo) dès qu’on se sent prêt à le partager avec le public. Il est préférable d’avoir une stratégie globale, mais celle-ci peut rapidement changer en cours de route, selon les réactions du public. L’Internet et ses outils souples de diffusion de contenu permettent une grande souplesse de réaction. Il est facile de mettre en ligne des contenus textes, audio, image et vidéo. Les outils de gestion de blogues offrent aussi une facilité d’utilisation qui permet aisément de retirer ses contenus, ou de les modifier.

Avant de lancer un projet web (blogue, vlogue, site), il faut d’abord avoir une bonne idée de base, une rigueur et une clarté du message (les idées les plus simples sont souvent les plus efficaces). Il est important aussi de prévoir une continuité: penser à une longévité du projet. Il est important, comme auteur, de penser à une stratégie globale de mise en ligne des vidéos. Par exemple: décider de mettre une capsule en ligne par semaine pour un nombre déterminé de mois. Cela crée un attrait pour les Internautes qui attendront le nouveau contenu mis en ligne. Il faut tirer avantage que le web n’a pas de limite dans le temps ni dans l’espace. Tout devient une archive potentielle de son propore projet. C’est pas nécessaire de “terminer” un projet, de le “tuer”. Les meilleurs projets conservent leur contenu en ligne indéfiniment. Même après la période de pointe de l’émergence d’un projet, et le moment de sa diffusion où il est une nouveauté, l’espace et le contenu peut demeurer accessible comme archive. C’est même une obligation morale, selon moi, de laisser l’accès à des contenus produits et mis en ligne. Cela permet aux autres artistes et aux Internautes de consulter ses archives. Le fait de terminer un projet relève d’une logique propre aux médias traditionnels que sont la télévision et le cinéma.

Clef du succès?

Le fait de se fondre dans les réseaux sociaux assure un succès. Cela permet de batir une communauté, de s’intégrer dans des réseaux (Forums spécialisés, blogues de références spécialisés, Facebook, MySpace, Friendster, etc). De cette façon vos projets ne sont pas à la recherche d’un public, mais répondent naturellement de façon organique aux désirs et aux intérêts des membres d’une communauté rassemblés autours d’un sujet (forum), d’individus (facebook), de photos sur des thèmes précis (Flickr), de lieux (Praized).

Toute cette intégration organique aux communautés passe par la compréhension de la culture web dans son emsemble. Ce n’est pas l’exclusivité d’un groupe d’individus (ex. les 15-25 ans), mais comme producteurs de contenus (réalisateurs, vidéastes, auteurs, scénaristes, producteurs, diffuseurs) il est primordial de compendre cette culture, et de s’entourrer de la bonne équipe qui saura bien saisir cette culture, ces modes de fonctionnement sociaux, ses enjeux et ses possibilités.

Comprendre la culture web, c’est d’abord un mode de fonctionnement, et d’information. Il faut d’abord fréquenter ces réseaux: lire et s’informer, mais aussi laisser sa trace. Cette trace hypermédiatique (signature des commentaires avec son nom ou son pseudo qui renvoie à notre site, notre blogue, notre projet). C’est très important de laisser cette trace qui doit renvoyer à des références pertinentes (blogue, site, attrait vidéo). Ces références pertinentes peuvent être multiples, et doivent changer selon le contexte. Par exemple si on fréquente un forum qui traite d’un sujet écologique, il doit renvoyer à notre projet écologique (et non notre blogue personnel).

Il faut donc apprivoiser les outils disponibles sur Internet, tant pour la prodcution que la diffusion de nos contenus. Ce présent blogue donne une foule de liens à propos de ces outils à votre portée et le plus souvent gratuits (car développés avec la philosophie du logiciel libre et de l’Open source).

Il faut apprivoiser les différents outils:

Blogues, médias participatifs
Réseaux sociaux: Facebook, MySpace, Twitter
Outils Creative commons (musique, textes, images, vidéos, projets avec droits réservés)

Exemples de logiciels et applications (tous libres et gratuits - et légaux!):
Outils de scénarisation: Celtx
Video plein écran: Joost
Logiciel de traitement de texte: OpenOffice, NeoOffice
Logiciel de clavardage: Adium
Logiciel de mise en ligne de contenu web: Cyberduck
Outil de partage de photo: Flickr
Outil de mise en ligne de photo: Flickr Uploadr
Outil de traitement d’image: Gimp
Outil de partage et distribution vidéo: BlipTV

Il faut donc avoir pignon sur rue (son site, son blogue) – indexable pour les autres, via les fils RSS - mais il faut aussi déverser son contenu sur les différents canaux de diffusion (distribuer son contenu vidéo sur: Blip.tv, goolge video, YouTube, Rever, Flick video pour bientôt…). Nos vidéos présents sur les sites de diffusion de vidéo doivent toujours compter un hyperlien qui renvoie vers notre site original de projet. De sorte que la multiplication des lieux de diffusion de nos vidéos est une véritable stratégie virale de marketing qui ramène les Internautes sur notre “territoire”. - Il existe un outil qui permet de répertorier le nombres de visionnements, et ce sur tous les sites où notre vidéo est posté: TubeMogul. -

En conclusion

Il s’opére un changement fondamental dans le développement des contenus sur Internet: la structure même des contenus pour les médias traditionnels (télé, cinéma) n’est pas déployée de la même manière. On développe des projets spécifiques qui utilisent les forces en place sur le web: aspect participatif, diffusion, contact direct avec le public, interactivité, mutations possibles selon l’apport des Internautes. Le volet Internet d’un projet de télévision ou de cinéma tradionnel ne doit pas être “rajoutté” en fin de projet, il doit être pensé dès le départ, avec une stratégie spécifique qui rejoint directement son audience.

Pour ce qui est des projets vidéos sur le web (Inspecteur Bronco, Alerte rouge, Chez Jules): ils doivent le faire avec leur logique propre et en tâchant de rejoindre leur public spécifique. Leur succès dépendra de la qualité ou de l’intérêt des contenus, mais aussi de leur capacité à prendre de l’ampleur dans des réseaux. Je prédis un beau succès à la série web “chez Jules” par exemple, car son auteure Geneviève Lefebrvre est une blogueuse bien connue qui a un lectorat important. Et Geneviève entends avoir des sections pour accueillir les gens sur son nouveau projet “chez Jule”. Il y aura le blogue de l’équipe (fait participer l’ensemble de l’équipe avec son auditoire), mais aussi une section courrier du coeur, en plus des clips vidéos courts et punchés, où on verra des actrices telles que Maude Guérin, Jeanine Sutto, … se donner la réplique dans les toilettes d’un resto chic.

Il s’avère donc primordial de bien comprendre le médium pour en faire un média à part entière. C’est une question de culture web et d’appropriation sociale qui passe par la technologie mais qui n’en dépends pas exclusivement. La technologie évolue et change, et nous sommes au coeur des transformations sociales et politiques qui résultent de cette révolution des communications du XXIe siècle.

13 Commentaires

  1. Soumis le 2008/04/23 à 03:41 | Permalien

    Je ne suis pas étonné que l’on ai débordé du temps prévu ;-) Il nous faudrait une autre conférence pour toucher à tout!

    C’était en tout cas un grand moment. Il y avait de la magie dans la salle et à la table ronde.

  2. Soumis le 2008/04/23 à 10:01 | Permalien

    Oui mais j’ai complété le contenu abordé en conférence. Je n’ai fait qu’un survol au moment du débat…

  3. Kevin Black
    Soumis le 2008/04/23 à 12:23 | Permalien

    Salut Yannick,

    J’y était et j’ai vraiment adoré cette formation. Toi, Martin et les autres étiez vraiment très intéressant et pertinent. Bref, tout ça pour dire que ça me donne un bon coup de main dans mon travail.

    Merci!

    Très cool ton blogue!

  4. Soumis le 2008/04/23 à 04:14 | Permalien

    Bonjour Kevin,

    Merci de ton commentaire. Tu reviendras me visiter, et laisse tes commentaires ou questions, j’y répondrai avec plaisir. Contente de savoir que nos infos étaient utiles.

    Qu’est-ce que ton travail? (pas de lien à ton nom…)

    Yannick

  5. Soumis le 2008/04/23 à 04:16 | Permalien

    J’ai googlé ton nom, et je doute que cela soit toi:
    http://www.kevinblack.com/About_Kevin_Black.htm

    !!!
    Comme quoi c’est bon de laisser sa trace, et la bonne… ;)

  6. Soumis le 2008/04/23 à 05:13 | Permalien

    Bonjour Yannick,

    Je suis touchée par ce que je viens de lire. Je viens de lire le texte que j’essaie d’écrire depuis des mois! :) merci! :)

    On ne se connaît pas encore, mais j’espère vivement te rencontrer. À un Yulbiz Montréal, peut-être?

    Isabelle.

  7. Soumis le 2008/04/23 à 09:11 | Permalien

    Allo Isa,

    Je suis heureuse que mon texte face écho à tes réflexions!

    Oui, j’essaie d’aller au prochain Yulbiz, et aussi au Montreal Geek Girl dinner…

    - On s’est probablement croisées DLVV. Je suis aussi déjà allée aux soirées de Québec. -

    ;)
    Yannick

  8. Soumis le 2008/04/24 à 01:58 | Permalien

    ok, alors c’est un rendez-vous! Le Yulbiz Montréal, c’est ce mardi! :)

  9. Kevin Black
    Soumis le 2008/04/24 à 08:46 | Permalien

    Salut Yannick!

    lol! Effectivement, je ne suis pas chanteur country! Et je dois avoir la moitié de son age.

    Je travail pour Productions Nova Média et je fais surtout de la conception et gestion de projet nouveaux médias. Je me suis aussi occupé des salles de montage Avid, mais cette année je me consacre qu’aux nouveaux médias. Mais reste que d’avoir touché la vidéo m’aide beaucoup aujourd’hui.

    Je n’ai pas mis de lien car mon blogue est encore en construction et le site de la compagnie est à refaire… il fait peur… terrible, je dirais même que ça joue contre nous. Mais bon, on est en train de le refaire. Je me suis juré de le refaire quand je suis arrivé dans la compagnie, mais les priorités corporatives mon vite rattrapées.

    En gros, on a culture d’entreprise basée sur la production télé et j’essaie de donner plus de place aux nouvelles plates-formes. Comme vous dites, pensez comme des producteurs de contenu. Changer nos stratégies de diffusion et promotion. On a une belle gang ouverte d’esprit, donc c’est motivant de développer des projets plus audacieux.

    Nos réalisations faites à ce jour ne sont pas encore mature sur plusieurs points, mais je travail fort pour nous mener plus loin. Les prochaines seront beaucoup plus intéressantes. Bref, je tente de me nourrir au maximum de ce qui se fait sur le marché et de toujours être en veille techno.

    De plus, je trouve très cool ce que tu fais, genre comme travail, style de vie, je trouve ça très inspirant.

    Merci!

  10. Soumis le 2008/04/24 à 03:45 | Permalien

    Isa: j’essaie de me dégager mardi, mais en princinpe j’ai les enfants…

    Kevin: Merci de ta réponse, et tiens-nous au parfum dès que votre site/blogue est prêt à se montrer!

    Et merci des compliments!

    :)

  11. Soumis le 2008/04/24 à 08:37 | Permalien

    Yannick, comment trouves-tu ça quand on te dit que l’on a la moitié de ton âge? ;-)

    Ton billet fait en plein dans le mille! Il y a vraiment de la place pour que l’on réitère notre performance à Québec!

  12. Soumis le 2008/04/24 à 10:26 | Permalien

    Hé ho! Martin, lis bien, Kevin a écrit “la moitié de SON âge”!!! Il parlait de ce délicieux chanteur country au nom éponyme du sien (c’est ça qu’on dit, hein, éponyme?)…
    voir ici http://www.kevinblack.com/About_Kevin_Black.htm

    Lol

    Ceci dit, oui, je suis heureuse de voir que ce billet suscite des commentaires, et je suis partante pour relancer ce débat DLVV anytime! Faut donner suite, c’est évident.

  13. Kevin Black
    Soumis le 2008/04/25 à 08:12 | Permalien

    Effectivement, je faisais référence au chanteur country!
    Désolé pour la confusion.

    S’il y a un autre débat, j’y serai!

    En passant Martin ta conférence était génial!!!

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