Samedi dernier, dans le cadre du festival littéraire international Métropolis Bleu, je participais à une table ronde sur la littérature hypermédiatique en compagnie de Hervé Fischer (sociologue, philosophe de l’art et fondateur de l’Observatoire international du numérique de l’UQAM), Bertrand Gervais (professeur au Département d’études littéraires UQAM et fondateur du NT2) et Alice van der Klei (aussi du NT2 et du département littéraire de l’UQÀM et lance aujourd’hui une revue d’œuvres littéraires conçues pour le Net, bleuOrange). Le panel était animé par Bruno Guglielminetti. Le contenu audio du panel est disponible intégralement ici sur le site de Radio-Canada.Ma pratique artistique
J’ai débuté cette présentation en parlant de ma pratique personnelle en multimédia et littérature. J’ai fait un tour rapide du jardin de mes productions qui touchent le littéraire: Mordre suivi de Parenthèse (livre-CD, offrant des vidéos et poèmes interactifs sous forme de journal intime vivant), Navigations et Autoportrait (cédérom offrant des vidéos et des poèmes de Marie Uguay, morcellés et interactifs), L’emportement suivi de Plaisir, le film (DVD non interactif pour des raisons de diffusion, parle des plaisirs de la vie, recherche sur le bonheur), en en mentionnant ma collection de vidéos-poèmes (où la vidéo devient un outil d’écriture poétique visuelle, sonore et textuelle), sans oublier mes esquisses numériques de mini-essais ineractifs sur le web, et en mentionnant ma performance sur la joie de mars dernier à la Galerie La Centrale (projections vidéos, lecture de textes, blogue en direct).
Mes constats à vif: état de la littérature hypermédiatique
Premier constat: difficulté de diffusion de ce type d’oeuvres (la solution: Internet?). Second constat: difficulté de conservation (désuétude des format, difficultés technologiques, problème de mise en jour et changement de systèmes informatiques). Troisième constat: manque de maturité de cet art émergent (public peu familier avec ce type d’oeuvres, artistes en mode exploratoire). À la manière des musiciens qui doivent pratiquer des années avant de maîtriser leurs outils, les créateurs multimédias doivent aussi accquérir une pratique et une maîtrise de leurs outils avant de faire des oeuvres accomplies. Et la technologie évoluant sans cesse il est difficile de rester à jour. Sous l’angle du développement des concepts, le vocabulaire des figures narratives utilisées est encore en développement (utilisation des technologies, des protèses - bornes, souris, lunettes de réalité viturelle-, et même de l’interactivité). Nous devons admettre que nous sommes dans une phase de recherche sous un mode exploratoire. Chose que je n’ai pas mentionné lors du débat: le domaine où ce language évolue rapidement et trouve son public est le jeu vidéo. Mais la littérature semble bien loin, me direz vous. Mais je connais peu le jeu vidéo, je laisse à d’autres les commentaires sur ce terrain fort riche.
L’art multimédia: en mutation
La réponse de Alice Van Der Klei à ce constat d’immaturité de l’art multimédia (littéraire) fut pour me parler du grand succès des blogues littéraires. Oui, bien sûr, Mère Indigne remporte le prix des lecteurs Archambault (nous sommes contents pour elle, d’ailleurs!). Mais cela reste de la littérature assez classique à mon sens, qui est sur un écran, dans un mode de transmission résauté. Nous n’inventons pas là un art nouveau, c’est de la littérature charmante et bien faite, mais c’est toujours bel et bien que de la littérature (mon commentaire n’est pas réducteur, mais je parle ici de nouvelles formes d’art).
L’intervention de Hervé Fisher était alors bien judicieuse de rappeller que nous parlons ici d’un art qui n’est plus de la littérature, mais un nouvel art à part entière. Je suis bien d’accord avec ce constat, car tout mon corpus d’oeuvres ne se rattache pas à la littérature directement, mais elles ont toutes en commun de chercher des nouvelles formes d’expression par la combinaison de multiples éléments technologiques: sons, images fixes, textes à l’écran, vidéo. Le tout orchestré dans des modes plus ou moins interactifs. J’explore, toujours.
Interactivité
Mon dernier commentaire lors du panel fut une mise au point par rapport aux mérites de l’interactivité. L’interactivité bien maîtrisée apporte des éléments essentiels à une oeuvre, mais il faut bien savoir quelle est la limite créative donnée au public. Une oeuvre trop ouverte, qui prends sens uniquement par les choix de l’utilisateur, cette oeuvre ennuie rapidement le public. Les gens aiment se faire raconter des histoires, être touchés, sentir une émotion par rapport à l’oeuvre. Cette émotion ne peut émaner que d’une intention claire et bien assumée de l’artiste. L’artiste doit prendre parole, raconter et toucher, peut importe l’art utilisé, qu’il soit classique (peinture, spculture, musique, littérature, danse, théâtre) ou plus récent (photographie, cinéma, BD, art multimédia).